samedi 8 décembre 2007

Boris Vian et le Native Tongues Posse


Boris Vian, c'est un peu le mec qui réussit dans tout ce qu'il entreprend de faire (sciences, musique, journaliste, écrivain,etc.) sauf peut-être sa vie de famille.

Boris Vian. Personnage haut en couleur, presque tout le monde s’est surpris sur les bancs du collège ou du lycée à dévorer une de ces «œuvres d’imagination» que ce soit L’écume des jours ou L’arrache cœur qui, dans des cadres bien différents, laissent part à un univers enfantin vieilli d’humour noire et de sujets sérieux. Il faut avouer qu’on rigole très jaune, beaucoup plus qu’à l’habitude pour moi, d’ailleurs.

Mais c’est très beau parfois : « Le vent traînait des pailles sur le chemin, pailles arrachées aux litières par les minces brèches des portes, pailles volantes des abords de grange, pailles anciennes des meules oubliées au soleil. Le vent s’était levé matin. Il avait raclé la surface de la mer pour lui prendre le sucre blanc des embruns, il avait grimpé la falaise, faisant sonnailler les bruyères stridentes, il tournait autour de la maison, se taillant un sifflet du moindre recoin, soulevant, çà et là, une tuile plus agile, roulant des feuilles de l’automne passé, filigrane bruni ayant échappé à la succion du compost, tirant des ornières une draperie de poudre grise, écorchant de sa râpe la croûte sèche d’anciennes flaques.»



Par ailleurs, c’est en se penchant sur « le plus clair de son temps qu’il passe à l’obscurcir » qu’on découvre un homme passionnant et passionné par presque tout. Beaucoup de gens connaissent ses romans mais beaucoup moins sa poésie ou sa musique. Certains ont déjà entendu certains de ces morceaux sans en connaître leur paternité. «Le Déserteur», morceau écrit par ses soins et mis en musique avec Harold Berg. On pense aussi à « Fais moi mal, Johnny » mis en musique par Alain Goraguer (qui va faire l’objet d’un article sur ce blog) et interprété par Magali Noel. L’humour noir et les thèmes chers à Vian marquent délicieusement «La java des bombes atomiques», «Je Bois», et «Je suis snob» et il est frappant de constater l’actualité de ces chansons, moins légères (dans le fond) que celles de maintenant. Ca me plait bien sur, mais c’est plus que cela. La chanson « française » actuelle m’emmerde et c’est sûrement car je ne m’y intéresse pas assez. Mais ce qui me rassure, c’est qu’elle ne le captivait pas non plus à l’époque (sûrement plus que moi quand même) puisqu’il ne jurait que par la musique noire de l’autre continent : le Jazz, la nouvelle Orléans, et les grands noms de l’époque - Miles Davis, Sidney Bechet, Roy Eldridge -. Je ne m’étendrai pas sur le sujet vu que je ne le maîtrise absolument pas mais Vian en était fan et animait à la fin des années 40, avec son frère, les soirées au Tabou-clubSt Germain) où ils ont reçu les grands noms du jazz de l’époque.



Les groupes de hip-hop, sur lesquels je suis beaucoup plus apte à parler, ont repris dans leurs belles années - 88-98 et certains groupes encore maintenant -, cette esprit de révolte du jazz et du funk (apparu plus tard) et de sortie des chemins battus en intégrant des samples et en dénonçant le gangsta rap (Native Tongues Posse; A Tribe Called Quest, De La Soul, Busta Rythmes, etc.). Il y avait aussi chez certains de ces groupes, cette volonté de sortir d’un rap trop politique ou trop systématiquement basé sur la revendication ou le vécu. Les textes sont toujours un peu égocentriques mais beaucoup plus amusants (dans «Can i Kick It» sur une boucle de Lou Reed par exemple). Certes, Boris Vian se distingue dans cette comparaison dans le sens où il pouvait aborder des thèmes très sérieux de manière satirique comme dans « la java des bombes atomiques » (même si A Tribe Called Quest parle par exemple des représentations du terme niggaz, des viols dans «Infamous Date Rape» et de l’industrie du rap dans «Show Business»). De façon générale, comme j’aime les gens qui peuvent rire de tout, j’aime les artistes qui abordent des thèmes variés avec humour sans forcément les vider de leur sens ou devenir superficiels.

Certains parcours de vie atypiques permettent parfois d’expliquer cette façon de voir les choses. Pratiquant l’autodérision, Boris Vian explique : "A dix sept ans, j'entrais à l'Ecole Centrale, et j'en ressortis trois ans plus tard, en 1942, complètement affolé par l'hydrodynamisme du cours de Monsieur BERGERON » -Ces scientifiques qui deviennent des touches à tout (merci Boby Lapointe), ils existent encore, je l’espère- Il laisse rapidement les sciences de coté et se marrie pendant la guerre. Le bonhomme passe son temps entre l’écriture et le jazz, et sort « L’écume des jours » en 1947. Son seul et unique album de musique, «Chansons possibles et impossibles» sort quant à lui en 1956 (10 ans plus tard).



Je vous conseille de relire ces romans ou de les lire si ce n’est pas fait. Sur la musique, il a aussi écrit un livre «En avant la Zizique» qui parle de la chanson à son époque, et qui est d’une actualité incroyable, notamment sur le débat sampling/auteur abordé avec les problèmes de l’époque.

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