Pour faire disparaitre le cafard post-fêtes (si il y a), rien ne vaut une de mes compil. "Détente, bonne humeur, envie de bouger, envie de me remercier" sont quelques uns des états dans lesquels vous pourrez vous trouver lors de son écoute. Sinon gravez-en un exemplaire et prenez une voiture (avec ou sans permis); vous avez un bon moyen d'oublier les cadeaux que vous n'avez pas eu, les examens qui approchent , les thèses interminables, le blues chronique. Côme.
TRACKLIST : 1. Walk on / Neil Young 2:39 2. Paper Planes / M.I.A. 3:24 3. Adeniji / The Budos Band 2:45 4. Ces Bottes Sont Faites Pour Marcher / Eileen 2:31 5. cross country / archie whitewater 3:19 6. Dead Wrong (Notorious Big Remix) / Ratatat 3:10 7. Time Won't Let Me / Outsiders 2:51 8. Down And Out In New York City / James Brown 4:46 9. Les Fleurs / Ramsey Lewis 3:17 10. Good Lovin' / The Rascals 2:31 11. Mashed Potato Time / Dee Dee Sharp 2:33 12. don΄t tell me lies / The Jaybirds 2:41 13. Boom Boom (Schmalz Schmalz) / Trax 4:19 14. Move Somethin' / Talib Kweli & Hi Tek 3:08 15. She's Gone / The Others 2:26 16. Man's World Chop - instrumental / J Dilla 1:29 17. Reading Rainbow / The Mackrosoft 3:16 18. My Baby Went Away With The Midnight Train / Soun…2:42 19. On se ressemble toi et moi / France Gall 2:47 20. Palladium / Liz Brady 2:33 21. Rolling Down The Hills / Glass Candy 3:30 22. Jerk / Muscles 3:09 23. Violator / White Williams 3:55
Si les Daft punk sont les pères de la French Touch, Giorgio Moroder en est sûrement le grand-père. Le morceau Chase (Midnight Express) samplé par Vitalic, 25 ans plus tard, parle de lui-même et la vision artistique de cet homme a vraiment une influence contemporaine.
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Giorgio Moroder peut nous faire son meilleur sourire. Grâce aux revenus générés par sa très prolifique activité musicale dans les années 70 et 80, il fait maintenant fructifier son capital dans des domaines qui lui tiennent à coeur (art moderne, expérimentation dans la photo, le cinéma et la musique) et les “plaisirs” de la vie (famille, voitures, collectionneur,etc.). On peut clairement dire qu’il l’a mérité : parti de rien, il a su se vendre et il détient une discographie aussi incroyable que diverse entre ces différents projets personnels, son travail de composition-production-arrangement pour des artistes, et ses bandes originales de film.
Son costume à rayure et ses lunettes fumées sont un peu à l’image de sa carrière. Elle reste entachée d’un sérieux mauvais goût. L’étiquette (peu enviable) qui lui colle le plus à la peau est certainement celle du “papa de la disco” (Donna Summer,etc.). Cependant il est honnête sur la question, et on lui concède qu'un artiste qui peut gagner de l’argent relativement facilement n’a aucune raison de s’en priver. Et pour véritablement comprendre son oeuvre et en mesurer la portée, il faut en mesurer sa grande diversité. A coté de ses multiples projets rémunérateurs, il a continué à faire des albums plus personnels, plus expérimentales et moins connus qui laissent de bons titres et surtout de nombreuses d’idées. Les Daft Punk, les Justice, Vitalic, et toutes les scènes New Wave-Electro,etc.-Techno-French Touch naviguent encore sur les révolutions musicales et techniques mises en pratique par Giorgio Moroder et d’autres artistes comme Krafwerk, Jean Michel Jarre ou Herbie Hancock. Je vais donc chercher dans ce bulletin à mettre en valeur la dualité chez ce personnage et montrait l’influence qu’il a en ce début de 21ème siècle.
Sur sa jeunesse, assez peu de choses à savoir. Il est né en 1940 à Ortisei dans le nord de l’Italie. Il commence la guitare à 16 ans, et quitte l’école et ses parents à 19 ans pour jouer dans un groupe de rock “plus ou moins dansant”. Istalllé à Munich, il produit son premier hit (surtout en Angleterre) avec l’aide de Pete Bellotte, qui restera son partenaire de l’ombre des années durant. “Son of My Father” (1972), qui a trés mal vieilli, est le seul titre intéressant d’un album rock assez classique. On remarque dès lors son intéret pour les machines et son attraction vers la musique populaire et commerciale anglo-saxonne -Les Beatles sont alors séparés et et Brian Jones est mort 3 ans plus tôt-.
Pourtant le rock n’intéresse pas plus que cela le producteur et sa carrière n’est vraiment lancé qu'après la rencontre de Donna Summer qu’il produit à partir de 1974 (allez voir ces chansons sur Dailymotion). Le but avouée était de se faire une place sur le marché américain et anglais en apportant quelque chose de nouveau. Pour cela, Moroder, a récupéré le son et le groove caractéristique de la musique soul de Philadelphie pour l’agrémenter de sons électroniques. La voix douce et les paroles sensuelles chantées par Donna Summer servent quant à elles à conquérir le public dans un procédé quasi hypnotique (Pour l’anecdote, le premier succès “Love to love you” est inspiré de la chanson “Je t’aime, moi non plus” de Serge Gainsbourg qui avait marquée le producteur quelques années plus tôt). Je dois dire que le morceau disco “I feel love” me fait vraiment beaucoup d’effet (à l’opposé de ce style de musique en général).
Moroder est alors devenu un des architectes de la musique disco. Il s'installe à Los Angeles et produit beaucoup d’autres artistes de disco comme Roberta Kelly, The Munich Machine, Sparks, Irene Cara, Miami Sound Machine, Bonnie Tyler, Cameo,etc. Cette partie de son oeuvre ne me semble pas trés intéressante hormis quelques bons titres. Néanmoins, il faut retenir un point essentiel sur la façon dont travaille Giorgio Moroder, dès le début, dans sa musique disco : une production uniquement à l’aide de machines et de synthétiseurs pour certains de ces morceaux (contrairement aux productions d'autres groupes de disco comme Chic, les Bee Gees, les Jackson 5,etc. qui utilisaient principalement de vrais instruments). A l’époque, il était vivement critiqué pour cela, ces détracteurs remarquant que faire de la musique avec des machines pourrait nous faire devenir nous-même des machines.
Parallèlement à ces productions disco, il continue jusque dans les années 80 à réaliser des projets personnelles et va réaliser plusieurs musiques de films. Au sein de ces albums, on sent qu’il laisse vraiment part à son imagination et à l’innovation. Ses albums -Einzelganger en 1975, Knights in White Satin en 1976, From Here to Eternity en 1977, E=Mc2 en 1979- sont remplis de titres complètement “futuristes” pour l’époque. On peut même avancer qu’ils sont trés certainement directement ou indirectement à l’origine d’une grande partie de la musique électronique actuelle. Même si ses albums ont globalement mal vieillis, des titres comme “Good Old Germany” (1975), ”From Here to Eternity” (1977) (le clip est ici), ”Love’s in you, love’s in me” (1979) , “Evolution” (1979), “I Wanna funk with you tonight” (1976), ”A Love Affair” ou “Diamond Lizzy” interprété par Joe Esposito (1983) me semble avoir un écho tout particulière de nos jours. Moroder est super visionnaire dans son approche de la musique électronique : le bpm est souvent assez rapide et dans certains morceaux, un système de boucles répétitives jouées par de synthétiseurs aux identités sonores fortes (années 80’s, ceux associés ensuite à l’italo-disco) apparaît de manière à créer des morceaux énergiques et dansants. De plus, un soucis de faire de la musique pop et accessible est assez constant, ce qui le démarque d’autres groupes pionniers comme Kraftwerk.
Par ailleurs, les bandes originales qu’il va produire durant la même période sont dans la même veine avec beaucoup de gros tubes et des titres vraiment intéressants. Vous reconnaissez certainement les synthétiseurs des titres de certains de ces films : Midnight Express (1978), American Gigolo (1980), Flashdance (1983), Scarface (1983), Electric Dreams (1984), Top Gun (1986). Comme exemples, je vous propose “Chase” (ce fameux titre samplé par Vitalic qui est ultra efficace sur les dancefloor et qui a 30 ans maintenant...) et “(Theme From) Midnight Express” proviennent de Midnight Express, “Nightdrive” de American Gigolo. Je vous conseille d’écouter également “Together in Electric Dreams”, titre interprété par Philip Oakey, le chanteur de Human League, sur la bande originale du film Electric Dreams (le clip absolument énorme est ici). Enfin, pour avoir une idée de l'imagination débordante de cet homme, vous devriez vous procurer la version “morodienne” du film Métropolis de Fritz Lang sorti en 1984. Le film a fait peau neuve, a été accéléré et mise en musique par ses soins. J’ai trouvé que c’était de trés mauvais goût mais cela a le mérite d’être intéressant (voir ci-dessous).
Aussi je crois qu’il faut retenir l'élément suivant pour comprendre la portée de sa musique de nos jours. L’homme-machine n’avait aucune scrupule et aucune “pseudo éthique” sur le plan artistique. Faire de la disco ne l’a jamais gêné puisqu’elle lui rapportait des sous et faisait danser les gens. Et, utiliser les derniers technologies musicales en y mettant le prix ne semblait pas non plus le géner. C’est dans cette optique qu’il se distingue de pionniers des musiques électroniques comme Kraftwerk. Ce groupe et Moroder n’ont jamais pu s’entendre apparemment. Là, où les premiers intégraient leur musique dans une démarche artistique, historique, sociale et politique (la dénonciation d’une societé-robots,etc.), Moroder ne voyait dans les machines qu’une utilisation pratique. Produire un album entièrement avec des machines et des synthétiseurs analogiques permettait de se passer des musiciens (à faire tourner pour les performances ,etc.) et d’utiliser les dernières innovations technologiques pour créer des sons qui feraient danser les gens.
D’après moi, cette problématique est complètement d’actualités. Les groupes en electro-techno qui marchent en ce moment -Daft Punk, Justice, Boyz Noise en beaucoup d’autres-, qui font danser les gens et qui gagnent de l’argent sont ceux qui ont suivi la démarche de Giorgio Moroder, c’est évident. Justice, avec leur tube D.A.N.C.E (2006), sont dans cette lignée et on peut pas vraiment leur reprocher de ressortir cette vieille disco désuète surtout si ils continuent à proposer des titres intéressants à coté. Ils ont su se créer une identité sonore propre à partir de la technologie musicale récente (numérique, musique assistée par ordinateur, instruments virtuels,etc.) en insistant notamment sur le niveau de saturation de leurs instruments et de leurs basses.
Parfois, le lien de parenté est même flagrant dans les techniques de production. “Faster than the speed of love” et “I’m Left, You’re Right, She’s Gone” de l’album “From here to Eternity” (1977) (qui porte ici bien son nom) dans son utilisation du Vocodeur (dont Moroder est un des premiers à se servir) fait tellement penser à “Harder, Better, Stronger” de Daft Punk. Ce dernier groupe a par ailleurs intégré la boucle de “Chase” dans son live cd au Rex Club en 97. Puis je pense que des producteurs comme Mr Oizo, Kavinsky, ont repris beaucoup de choses à Moroder dans la façon de faire les morceaux (je pense à “Night Drive” par exemple). Récemment, le Vicarious Bliss Pop Expérience a repris “Together in Electric Dreams” en version instrumentalisée (que je trouve raté), ce qui montre quand même l’impact de Moroder sur au moins un des membres du label Ed Banger de Pedro Winter et les artistes qui gravitent autour.
Pour conclure, je pense que la musique électronique s’est enfermé petit à petit dans un paradoxe. Par construction, elle est sujette à une constante évolution étant donné qu’elle est associée aux évolutions technologiques. Comme j’ai pu lu le lire récemment dans des interview, elle semble même s’inscrire dans une démarche de consommation. Elle se nourrit donc d’elle-même et les nouveaux titres qui marchent sont souvent réalisés par ceux qui maîtrisent le mieux l’outil technologique : tels nouveaux instruments virtuels, tels effets ou programmes. Et pourtant il semble, à plusieurs égards, que plutôt que d’avancer, elle tourne en rond (cela fait un peu cliché mais dans cette optique d’analyse, cela me semble juste). S’ils n’expérimentent pas dans l'excès de la musique purement “technologique” et bruyante à la Ed Banger, ces artistes semblent beaucoup se tourner vers le passé. L’italo-disco et ses synthétiseurs ont nourri les nouvelles expériences d’artistes comme Dmx Krew ou Tepr et son “Cote Ouest”. Et des labels comme Do It Better, naviguent complètement sur cette vague des années 80 avec des groupes comme Mirage ,Chromatics ,etc. Giorgio Moroder était bien clair sur le sujet. La musique électronique doit avant tout être un moyen et pas une fin pour lui. Et je ressens une sorte de retour vers de l’humain dans la démarche de certains artistes au début du 21ème siècle. L’italo-disco avec toutes les artistes horribles qu’elle a connu, laissait part à la "sensibilité" de certains de ces producteurs. Et, allant plus loin, certains artistes qui expérimentent repartent encore plus loin dans le temps. Je pense à des groupes en indie-rock electro comme Architecture in Helsinki, Gang Gang Dance, Grizzly Bear, qui retournent aux sources de l'humanité de la musique à travers de l’utilisation de rythmiques tribales, de percussions et de l'important du chant,etc.
Alain Goraguer, c’est l’iceberg que percute la culture musicale d’un individu un peu trop prétentieux.
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D’abord, vous ne l’aviez pas vu malgré les mises en garde. Puis quand la collision a lieu, vous n’acceptez pas de reconnaître votre excès de confiance ou bien même votre impuissance. Les plus hargneux diront qu’ils connaissaient la bande originale qu’il avait composé pour un des premiers films d’animation français, La planète sauvage, réalisé par René Laloux et récompensé de la palme d’Or de Cannes en 1973. Ce travail est d’autant plus connu que Madlib, cratedigger averti et producteur du label Stone Throw, a samplé une des chansons de la bande originale pour le beat « Come On Feet » sur l’album The Unseen. (l’original se trouve ici). Dans un autre genre, la collection Jazz in Paris a récemment permis à certains de découvrir son seul véritable album, en tant que pianiste de jazz, Go Go Goraguer.
Mais son travail de composition n’est que la partie visible de l’iceberg. La face immergée se révèle tellement vaste qu’elle ébranle ce besoin de certitude dans vos connaissances. Le cap étant franchi, vous naviguez de surprise en surprise. Cet homme-orchestre né en 1931 est une clé de voûte de la musique française du 20ème siècle . Pour le pire et le meilleur, il a participé à la mise en musique de nombreux films, de séries télévisées, et a arrangé les compositions et participer aux albums de noms essentiels de la chanson française.
Tout d’abord, il a composé plus d’une soixantaine de musiques de films et de séries. (liste ici). La plupart sont de nos jours introuvables et/ou à des prix prohibitifs; celui du 33 tours original de La planète sauvage monte jusqu'à 130 Euros (la dernière réédition de 2000 est épuisée). La renommée de ce film d’animation grâce à sa bande original est complètement justifiée. Les compositions envoûtantes et intemporelles collent parfaitement à l’ambiance et la construction des arrangements met parfaitement les différentes scènes en valeur. D'après plusieurs sources, on peut citer dans ses autres travaux pour le cinéma ou la télévision, Les loups dans la bergerie, l’Affaire Dominici, et Sur un arbre perché (dont j’ai trouvé un extrait). Dans le moins bon, on peut quand même signaler sa participation musicale à l’émission Gym-Tonic de Véronique & Davina sur France 2 (parfait pour commencer avec humour un dj set). Le remix de « Tou Tou Tou You Tou » en 2005 a aggravé le constat. Néanmoins, on reconnaît la patte du compositeur.
Puis surtout, Alain Goraguer a complètement gravé sa trace dans la chanson française de la deuxième moitié du 20ème siècle. En tant que compositeur; par exemple pour Boris Vian bien sur (voir mon article précédent avec les classiques “Fais-moi mal Johnny” ou “Le déserteur”) ou avec Serge Gainsbourg pour l’album Percussions. Plus encore, comme arrangeurs à un rythme industrielle. “Le métèque” de Moustaki, “Les sucettes à l’anis” de France Gall (avec “Bonsoir John John” et “On se ressemble toi et moi” aussi) , “Couleur Café” ou “Le poinçonneur des Lilas” de Gainsbourg ont été mises en valeur par ses soins. Son travail le plus remarquable (ou en tous cas le plus productif) se trouve certainement dans les albums de Jean Ferrat. Des chansons comme “C’est beau la vie”, “Deux enfants au soleil” et “Nous dormirons ensemble” ont typiquement le son Ferrat-Goraguer et le “groove” unique du monsieur. La liste des artistes dont il a participé aux albums est longues : Joe Dassin (« La première femme de ma vie »), Maurice Chevalier (une publicité pour... un potage, sur des paroles de Boris Vian !), Claude Nougaro, Sacha Distel, Mireille Darc, Francis Lemarque, Bobby Lapointe, Juliette Gréco, Dalida, Régine, Brigitte Bardot, Christine Sèvres, Frida Boccara, Nana Mouskouri, Adamo, Michel Delpech, Hugues Aufray, Mireille Mathieu, Georgette Lemaire, Marie Laforêt, Michèle Arnaud, Pia Colombo, Anne Sylvestre, Marcel Amont, Carlos, Jacqueline François, Annie Cordy, Charles Dumont, Patachou, Serge Lama, Bernard Lavilliers, Jaïro, Gheorghe Zamfir et des comédiens-chanteurs comme Mélina Mercouri, Marlène Jobert, Claudia Cardinale, Jean-Claude Brialy, Robert Hossein...
La carrière d’arrangeur-compositeur s’associe bien souvent à un certain anonymat (qui ne les gène pas nécessairement) et à l’effacement d’équipes de production derrière quelques artistes en vedette. Le temps a raison de cette “injustice” en général. Dans notre cas, l’aura qu’Alain Goraguer laisse sur le jazz et la chanson française du 20ème siècle est considérable. Quand des producteurs comme Madlib ou d’autres viennent sampler dans nos productions, c’est bien les boucles et les basses créees par des hommes comme Goraguer et non celles associées à des chanteurs-interprètes. Egon admire véritablement cet homme et j’espère qu’à travers ce bulletin, je participe aussi à cet “effort de reconnaissance”.
Bonus Vidéos.
France Gall - Cet air là (composition de Goraguer)
Serge Gainsbourg - Le poinçonneur des Lilas (arrangement et orchestration Goraguer)
Francis Monkman, c'est le musicien classique qui se met au rock psychédélique sous drogues et qui découvre les synthétiseurs analogiques pour une commande de bande originale.
Des films comme The Public Enemy (réalisé par William A. Wellman en 1931) et The Godfather (réalisé par Francis Ford Coppola en 1972), ou plus récemment la série The Sopranos (créee par David Chase en 1999), associent les gangsters américains à la diaspora italienne qui a migré au 19ème et au 20ème siècle vers le Nouveau Monde. On se rappelle de Silvio Dante (Steven Van Zandt dans The Sopranos) imitant Marlon Brando, le parrain de la famille Corleone. Face à ces représentations, les premiers minutes de The Long Good Friday, réalisé par John McKenzie en 1980 peuvent surprendre. On a d'abord du mal à croire à cet antithèse du chef mafieux que joue Bob Hoskins. Trapu avec un fort accent londonien, ce gangster veut trouver une légimité dans les affaires en s'impliquant dans la reconstruction des docks de Londres grâce à l'aide des fonds de la mafia américaine. Mais à la fin du film, on ne peut que reconnaître que le jeu d'acteur est excellent et le scénario convaincant. Assez simple, ce dernier réserve néanmoins des rebondissements et j'ai trouvé l'ambiance mafieuse vraiment crédible et réaliste. Et c'est surtout un des premiers films où je me suis dit que la musique s'est revélée déterminante dans cette réussite.
La bande originale colle parfaitement aux différentes scènes du film. Francis Monkman, son auteur, a réussi, en 3 jours d'enregistrement, un travail remarquable. Il explique dans une interview qu'il a élaboré une « rythmique interne » des scènes (de l'action et des mouvements de la caméra) pour ensuite intégrer des élements d'improvisation en travaillant sur le ressenti. Les synthétiseurs, très années 80 (qui, d'après moi, peuvent faire penser à des producteurs rétro comme Kavinsky), sont omniprésents et s'associent à merveille aux différentes scènes. Celle de la douche purificatrice du chef mafieux , qui vient de tuer un de ses assistants, est parfaitement soutenue par la musique. La boucle de trompette (récurrente dans le film) est aussi ultra efficace lors de la scène finale (à écouter) où l'acteur principal est totalement démuni et détruit à l'arrière d'une voiture. Son regard semble presque se perdre dans la répétition prolongée de cette boucle; « Tu t'es fait baisé, MEC ». (voir la vidéo suivante à partir de 1mn30)
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Cette méticulosité dans le travail de production ne doit rien au hasard ou à un génie de circonstance. Ce producteur, homme de l'ombre de différents albums et projets ( John Keating's 'Space Experience' et Brian Bennett's 'Voyage' LP), a aussi été un membre actif du groupe de rock progressif Curved Air (écouter un son) et a participé au groupe plus connu de pop rock instrumental Sky dans les années 70 et 80. De plus, une influence majeure qui caractérise la plupart de ces travaux vient de la musique classique dont il est originaire. Aprés avoir étudié l'orgue à l'école de Westminster, il a été pris à la Royal Academy of Music où il pratiqua en particulier le clavecin.
Ce mélange d'influence dans le film (musique rock/musique classique/synthétiseurs 80's) est particulièrement intéressant puisque certains élements du rock progressif et des sons des années 80 (gachés par l'aspect kitsch de beaucoup de synthé souvent) pourrait être réexploité en ce début de 21ème siècle. Déjà, certains artistes réutilisent les synthétiseurs des années 80 (Kavinsky, Dmx Krew,etc.), d'autres mélangent le rock à leur électro (LCD Soundsystem, Digitalism,etc.), et la bande originale de The Long Good Friday semble vraiment en avance sur son temps. J'ai aussi appris récemment que Sebastian, du label Ed Banger, écoutait de temps en temps de la musique classique pour en étudier la construction par exemple.
Je pense que cette idée est vraiment intéressante et il devrait sans aucun doute écouter le dernier projet de Francis Monkman, J.S. Bach, Novalis-Orgel, Schlöben(J.E. Gerhard, 1750). L'artiste explique qu'il a essayé d'intégrer son expérience du rock dans la façon dont il joue les compositions de Bach à l'orgue. Enfin, je vous conseille vivement de vous procurer ce film et la bande originale.
Boris Vian, c'est un peu le mec qui réussit dans tout ce qu'il entreprend de faire (sciences, musique, journaliste, écrivain,etc.) sauf peut-être sa vie de famille.
BorisVian. Personnage haut en couleur, presque tout le monde s’est surpris sur les bancs du collège ou du lycée à dévorer une de ces «œuvres d’imagination» que ce soit L’écume des joursou L’arrache cœur qui, dans des cadres bien différents, laissent part à un univers enfantin vieilli d’humour noire et de sujets sérieux. Il faut avouer qu’on rigole très jaune, beaucoup plus qu’à l’habitude pour moi, d’ailleurs.
Mais c’est très beau parfois : « Le vent traînait des pailles sur le chemin, pailles arrachées aux litières par les minces brèches des portes, pailles volantes des abords de grange, pailles anciennes des meules oubliées au soleil. Le vent s’était levé matin. Il avait raclé la surface de la mer pour lui prendre le sucre blanc des embruns, il avait grimpé la falaise, faisant sonnailler les bruyères stridentes, il tournait autour de la maison, se taillant un sifflet du moindre recoin, soulevant, çà et là, une tuile plus agile, roulant des feuilles de l’automne passé, filigrane bruni ayant échappé à la succion du compost, tirant des ornières une draperie de poudre grise, écorchant de sa râpe la croûte sèche d’anciennes flaques.»
Par ailleurs, c’est en se penchant sur « le plus clair de son temps qu’il passe à l’obscurcir » qu’on découvre un homme passionnant et passionné par presque tout. Beaucoup de gens connaissent ses romans mais beaucoup moins sa poésie ou sa musique. Certains ont déjà entendu certains de ces morceaux sans en connaître leur paternité. «Le Déserteur», morceau écrit par ses soins et mis en musique avec HaroldBerg. On pense aussi à « Fais moi mal, Johnny » mis en musique par Alain Goraguer (qui va faire l’objet d’un article sur ce blog) et interprété par MagaliNoel. L’humour noir et les thèmes chers à Vian marquent délicieusement «La java des bombes atomiques», «Je Bois», et «Je suis snob» et il est frappant de constater l’actualité de ces chansons, moins légères (dans le fond) que celles de maintenant. Ca me plait bien sur, mais c’est plus que cela. La chanson « française » actuelle m’emmerde et c’est sûrement car je ne m’y intéresse pas assez. Mais ce qui me rassure, c’est qu’elle ne le captivait pas non plus à l’époque (sûrement plus que moi quand même) puisqu’il ne jurait que par la musique noire de l’autre continent : le Jazz, la nouvelle Orléans, et les grands noms de l’époque - Miles Davis, SidneyBechet, Roy Eldridge -. Je ne m’étendrai pas sur le sujet vu que je ne le maîtrise absolument pas mais Vian en était fan et animait à la fin des années 40, avec son frère, les soirées au Tabou-club (à St Germain) où ils ont reçu les grands noms du jazz de l’époque.
Les groupes de hip-hop, sur lesquels je suis beaucoup plus apte à parler, ont repris dans leurs belles années - 88-98 et certains groupes encore maintenant -, cette esprit de révolte du jazz et du funk (apparu plus tard) et de sortie des chemins battus en intégrant des samples et en dénonçant le gangstarap (Native TonguesPosse; A TribeCalledQuest, De La Soul, Busta Rythmes, etc.). Il y avait aussi chez certains de ces groupes, cette volonté de sortir d’un rap trop politique ou trop systématiquement basé sur la revendication ou le vécu. Les textes sont toujours un peu égocentriques mais beaucoup plus amusants (dans «Can i Kick It» sur une boucle de LouReed par exemple). Certes, BorisVian se distingue dans cette comparaison dans le sens où il pouvait aborder des thèmes très sérieux de manière satirique comme dans « la java des bombes atomiques » (même si A TribeCalledQuest parle par exemple des représentations du terme niggaz, des viols dans «Infamous Date Rape» et de l’industrie du rap dans «Show Business»). De façon générale, comme j’aime les gens qui peuvent rire de tout, j’aime les artistes qui abordent des thèmes variés avec humour sans forcément les vider de leur sens ou devenir superficiels.
Certains parcours de vie atypiques permettent parfois d’expliquer cette façon de voir les choses. Pratiquant l’autodérision, BorisVian explique : "A dix sept ans, j'entrais à l'Ecole Centrale, et j'en ressortis trois ans plus tard, en 1942, complètement affolé par l'hydrodynamisme du cours de Monsieur BERGERON » -Ces scientifiques qui deviennent des touches à tout (merci Boby Lapointe), ils existent encore, je l’espère- Il laisse rapidement les sciences de coté et se marrie pendant la guerre. Le bonhomme passe son temps entre l’écriture et le jazz, et sort « L’écume des jours » en 1947. Son seul et unique album de musique, «Chansons possibles et impossibles» sort quant à lui en 1956 (10 ans plus tard).
Je vous conseille de relire ces romans ou de les lire si ce n’est pas fait. Sur la musique, il a aussi écrit un livre «En avant la Zizique» qui parle de la chanson à son époque, et qui est d’une actualité incroyable, notamment sur le débat sampling/auteur abordé avec les problèmes de l’époque.